Quand la cathédrale de Reims a-t-elle été construite ?
Quand la cathédrale de Reims a-t-elle été construite ? Le chantier a débuté en 1211 et la dernière pierre a été posée en 1515, mais le gros de l’édifice a été achevé en une soixantaine d’années. La cathédrale actuelle a remplacé celle qui a brûlé le 6 mai 1210, emportée avec une grande partie de la ville. En trois siècles, quatre maîtres d’oeuvre ont façonné ce qui est aujourd’hui la plus longue cathédrale de France et l’un des plus grands édifices gothiques d’Europe.
Avant la cathédrale gothique
Le site est un lieu de culte depuis l’Antiquité tardive. En 401, l’évêque Nicaise (futur saint Nicaise) a fondé la première cathédrale, Notre-Dame, sur les vestiges de thermes romains. C’était près d’un siècle avant le baptême de Clovis, vers 496. Cette première église a fait de Reims un centre religieux, et le baptême du roi franc a ancré la ville dans la tradition royale française.
Une cathédrale carolingienne a remplacé le bâtiment précédent en 820. Elle a été consacrée en 862 en présence de Charles le Chauve. Cet édifice a servi Reims pendant près de quatre siècles, accueillant les sacres et gagnant en prestige au rythme des archevêques qui gouvernaient un vaste territoire dans le nord de la France. Dès le VIIIe siècle, l’évêque de Reims avait pris le titre d’archevêque et exerçait son autorité sur les évêchés de Laon, Soissons, Senlis, Amiens et Cambrai.
Le 6 mai 1210, un incendie a ravagé Reims et détruit la cathédrale carolingienne. L’archevêque et le clergé ont aussitôt lancé les plans d’un nouvel édifice.
Les quatre maîtres d’oeuvre
L’archevêque Aubry de Humbert a ordonné la construction en 1211. Au cours des décennies suivantes, quatre maîtres maçons ont dirigé le chantier successivement. On connaît leurs noms grâce à un labyrinthe de sol installé dans la nef, entre les troisième et quatrième travées. Le labyrinthe a été détruit en 1778 par le chapitre de la cathédrale, qui ne supportait plus le bruit des enfants jouant dessus pendant les offices. Des dessins réalisés avant sa suppression ont conservé les noms.
Les quatre bâtisseurs étaient Jean d’Orbais, qui a commencé par le chevet et l’abside ; Jean-le-Loup, qui a poursuivi les travaux de la nef ; Gaucher de Reims, chargé des portails et des niveaux supérieurs ; et Bernard de Soissons, qui a achevé la façade occidentale et la grande rose. Chacun a apporté une approche légèrement différente du style gothique, et pourtant la cathédrale se lit comme un ensemble cohérent. Cette unité à travers les générations de bâtisseurs distingue Reims de cathédrales comme Chartres ou Bourges, où les changements de style sont plus visibles.
Le labyrinthe a laissé une trace durable. Sa représentation graphique, pivotée de 45 degrés, sert aujourd’hui de logo officiel pour les édifices classés monuments historiques en France.
Chronologie de la construction
Le chantier a avancé vite au début. Dès 1220-1221, les chapelles rayonnantes et le déambulatoire étaient terminés. Dix ans entre la première pierre et le chevet achevé. Entre 1220 et 1233, les ouvriers ont construit le transept, les bas-côtés doubles et les cinq travées orientales des collatEraux de la nef. Les offices continuaient dans l’ancienne nef, plus étroite, pendant que les nouveaux murs s’élevaient autour d’elle.
Puis l’argent a manqué. En 1233, les habitants de Reims se sont révoltés contre le coût de la construction. Les évêques suffragants, dont celui de Laon, ont protesté contre la collecte forcée de fonds. Le chapitre a quitté la ville pendant plus de deux ans. Il a fallu l’intervention conjointe du pape Grégoire IX et de Saint Louis pour rétablir l’ordre et relancer le chantier.
La révolte a eu des conséquences durables. Le plan d’origine prévoyait sept flèches. Ce projet a été définitivement réduit. Les doubles bas-côtés prévus pour la nef ont été abandonnés. Les chapelles latérales dans les contreforts aussi. Ce qui a été bâti reste énorme, mais c’est une version réduite de ce que les premiers architectes avaient dessiné.
Vers 1245, la nouvelle façade occidentale s’élevait à plus de 20 mètres au-delà de l’ancienne. En 1252, les portails atteignaient la hauteur des gâbles. Les deux tours ont pris beaucoup plus de temps, n’étant achevées que dans la première moitié du XVe siècle. Un incendie de toiture le 24 juillet 1481 a retardé les travaux de neuf ans. La dernière pierre a été posée en 1515, et les travaux sur les flèches se sont arrêtés en 1516 quand une dotation royale qui les finançait a pris fin. Les flèches n’ont jamais été terminées.
La cathédrale en chiffres
La cathédrale a été conçue pour accueillir les foules des sacres. Les chiffres reflètent cette ambition :
Longueur totale : 149,17 m, plus longue qu’Amiens (145 m) et Notre-Dame de Paris (130 m). Hauteur de la nef : 38 m. Hauteur des tours : 81,50 m, alors que le projet initial prévoyait 120 m. Surface au sol : 6 650 m². La grande rose occidentale mesure 12,5 m de diamètre. On compte 80 fenêtres et 4 roses, avec une surface vitrée totale de 3 900 m², dont 1 500 m² en couleur.
La façade porte 2 302 statues, plus que toute autre cathédrale en France. Parmi elles, 211 grandes figures de 3 à 4 mètres de haut, 788 représentations d’animaux, et à l’intérieur, 191 personnages et 50 animaux. Ajoutez-y 88 gargouilles. En 1861, un curé nommé Tourneur les a toutes recensées.
Vingt-cinq rois de France ont été sacrés ici, de Louis VIII en 1223 à Charles X en 1825.
L’Ange au Sourire
Parmi ces 2 302 statues, une est devenue le symbole de la ville entière. L’Ange au Sourire a été sculpté entre 1236 et 1245. Il se tient sur le côté gauche du portail nord, près de la statue de saint Nicaise.
Le 19 septembre 1914, quand les obus allemands ont enflammé les échafaudages en bois de la cathédrale, une poutre en feu est tombée et a décapité l’ange. La tête s’est brisée sur le sol en contrebas. Dans les journaux français et étrangers, l’Ange au Sourire brisé est devenu l’image de ce qu’on a appelé la « cathédrale martyre ».
Après la guerre, des sculpteurs ont reconstitué la figure à partir de fragments originaux et d’un moulage en plâtre conservé au musée des Monuments français, au palais du Trocadéro à Paris. L’ange restauré a retrouvé sa place le 13 février 1926.
Destruction et renaissance au XXe siècle
Le bombardement du 19 septembre 1914 n’était qu’un début. Vingt-cinq obus allemands ont frappé la cathédrale ce jour-là. Les échafaudages en bois, installés pour des réparations courantes, ont pris feu. Le plomb du toit a fondu et le métal en fusion a coulé par les gargouilles sur la pierre en contrebas. Au cours des quatre années suivantes, la cathédrale a été touchée à répétition. À la fin de la guerre, une grande partie de la toiture avait disparu et la pierre était gravement endommagée.
Les deux camps ont utilisé la cathédrale à des fins de propagande. Les Français ont imprimé cartes postales et affiches montrant les ruines en flammes. Les Allemands ont répondu que les Français utilisaient les tours comme poste d’observation d’artillerie, ce qui aurait fait de la cathédrale une cible militaire légitime en droit international. Le débat n’a jamais été complètement tranché.
En 1919, le président américain Woodrow Wilson a visité les ruines. En 1924, l’industriel américain John D. Rockefeller a fait don d’un million de dollars pour la restauration, finançant les travaux sur la cathédrale de Reims ainsi que les châteaux de Fontainebleau et de Versailles. La cathédrale a rouvert au culte en 1938.
Le 8 juillet 1962, le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer ont célébré la réconciliation franco-allemande dans la cathédrale. Vu ce que le bâtiment avait traversé depuis 1914, le choix du lieu n’était pas anodin.
En 1974, Marc Chagall a conçu trois vitraux pour la chapelle axiale : l’Arbre de Jessé, les deux Testaments et les grandes heures de Reims. La lumière bleue profonde qu’ils diffusent ne ressemble à rien d’autre dans la cathédrale. En 1991, la cathédrale de Reims a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le pape Jean-Paul II l’a visitée en 1996 pour le 1 500e anniversaire du baptême de Clovis, et la cathédrale a célébré son 800e anniversaire en 2011.
Visiter la cathédrale aujourd’hui
L’entrée est gratuite. La cathédrale est ouverte tous les jours de 7h30 à 19h30 (19h15 les dimanches et jours fériés). Les visiteurs ne sont pas admis pendant les messes du dimanche matin de 9h à 12h. La visite des tours, gérée par le Centre des Monuments Nationaux, vous fait monter 249 marches jusqu’à 83 mètres de hauteur. En été, un spectacle son et lumière intitulé « Rêves de Couleurs » est projeté sur la façade occidentale, restituant les couleurs peintes qui recouvraient autrefois la pierre.
La cathédrale est l’un des temps forts de toute visite à Reims. Pour d’autres idées, consultez notre guide des choses à faire à Reims.







