La cathédrale de Reims vue d’en haut : une expérience unique
Les tours occidentales de la cathédrale Notre-Dame de Reims culminent à 83 mètres. La visite guidée des parties hautes rejoint la galerie haute autour de 40 mètres, puis traverse les combles et les toitures. Elle dévoile la charpente en ciment armé d’Henri Deneux, des sculptures monumentales invisibles depuis le sol et un panorama sur la ville, les coteaux de Champagne et la plaine champenoise. Au-dessus du chevet, l’ange du clocher marque le point culminant de l’édifice à 87 mètres.
L’accès se fait exclusivement en visite commentée, conduite par un guide du Centre des monuments nationaux. La montée emprunte un escalier en colimaçon de 249 marches dans la tour sud, puis un parcours à travers la plate-forme, les combles et les toitures, avant le retour par le même chemin.
La tour sud : 249 marches et deux bourdons
L’escalier en colimaçon de la tour sud mène à la terrasse entre les deux tours, puis à la galerie haute, autour de 40 mètres au-dessus du sol. Les tours elles-mêmes culminent à 83 mètres. Leurs constructeurs avaient préparé les assises de deux flèches, mais celles-ci n’ont jamais été élevées ; l’incendie du 24 juillet 1481 a mis fin au projet.
En levant la tête dans le beffroi, on aperçoit les deux bourdons de bronze, nommés d’après leur parrain ou marraine selon la tradition campanaire :
- Charlotte : offerte en 1570 par le cardinal Charles de Lorraine, archevêque de Reims. Près de 10 tonnes, 2,5 mètres de diamètre, elle émet un fa.
- Marie : fondue en 1849. Près de 7 tonnes, 2,2 mètres de diamètre.
Les cloches sont insérées dans une charpente de bois pour atténuer les vibrations et protéger la pierre.
La plate-forme : labyrinthe, galerie du Gloria et baptême de Clovis
Le labyrinthe reconstitué
La terrasse en béton armé entre les deux tours a été réalisée en 1906 lors de la restauration de la rose occidentale. Depuis 2019, son sol reproduit le labyrinthe médiéval qui se trouvait autrefois dans le dallage de la nef. Datant du XIIIᵉ siècle, il avait été détruit en 1779 par les chanoines, agacés par les enfants qui venaient y jouer pendant les offices.
Son tracé octogonal abritait quatre colonnettes à l’intérieur desquelles figuraient, selon la tradition, les quatre architectes de la cathédrale. Ce plan a d’ailleurs inspiré le logotype des Monuments Historiques, toujours en usage.
La galerie du Gloria
Depuis la plate-forme, on accède à la galerie du Gloria, à la base de la galerie des rois, à mi-hauteur de la façade occidentale (environ 40 mètres). Son nom vient de l’hymne Gloria, laus et honor, entonné par les enfants de chœur depuis cette galerie lors de la procession du dimanche des Rameaux, avant l’ouverture des portes pour la messe. La balustrade porte des anges sculptés avec des reliquaires sur leurs voiles.
Le baptême de Clovis et les 58 rois
La galerie des rois déploie sur trois faces de la façade un cortège de 58 statues royales encadrant un groupe central de 5 figures : le baptême de Clovis par l’évêque Remi, avec la colombe apportant la Sainte Ampoule, la reine Clotilde et deux acolytes. Au total, 63 statues de calcaire, chacune pesant environ 8 tonnes et mesurant 4,60 mètres. Les rois, barbus et couronnés, tiennent sceptre et attributs royaux.
La plupart des statues visibles aujourd’hui ne sont pas les originaux médiévaux. Elles ont été remplacées lors de restaurations successives au XIXᵉ siècle, puis dans les années 1950 avec des réinterprétations contemporaines par le sculpteur Paul Belmondo.
Cette galerie rappelle le lien fondateur entre Reims et la monarchie française : 31 rois de France y ont reçu l’onction du sacre, de Louis le Pieux en 816 à Charles X en 1825.
La tour nord : vestiges de 1914
La tour nord conserve les traces de la catastrophe du 19 septembre 1914. Ce jour-là, un obus incendiaire embrase l’échafaudage de bois qui ceinturait la tour en restauration. L’incendie détruit la charpente médiévale et fait fondre la majorité des cloches. Au total, la cathédrale subira plus de 400 bombardements au cours de la guerre.
Trois cloches ont survécu, seuls vestiges de l’art campanaire d’avant 1914. La plus imposante, Antoinette, pèse environ 2 tonnes. Elle porte le nom de l’archevêque Antoine de Latil, qui la baptisa en 1825.
On y voit aussi des statues de rois issues des restaurations des années 1950. Leur style diffère des originaux : drapés plus profonds, proportions réduites. Elles étaient destinées à la galerie des rois mais sont finalement restées dans la tour.
Les combles : la charpente en ciment armé d’Henri Deneux
La perte de la « forêt » médiévale
Avant 1914, les combles abritaient une charpente de bois datant du XVᵉ siècle (la charpente d’origine du XIIIᵉ siècle avait déjà brûlé en 1481). L’incendie du 19 septembre 1914 détruit 1 800 tonnes de poutres en chêne et fait fondre les 400 tonnes de plomb de la couverture. L’événement est alors connu sous le nom de « crime de Reims ».
Deneux et Rockefeller : une reconstruction d’exception
Deux hommes rendent possible la reconstruction :
- John D. Rockefeller Jr (1874-1960), philanthrope américain. Ses dons couvrent environ 37 % du coût total du chantier. Sa seule exigence : la restitution de la crête faîtière ornée de fleurs de lys, détruite lors de la Révolution française. Une plaque commémorative à l’entrée des combles rend hommage à sa générosité.
- Henri Deneux (1874-1969), architecte en chef des Monuments historiques, en charge de la cathédrale depuis 1915. Spécialiste des charpentes anciennes, il adapte au ciment armé un principe d’assemblage mis au point au XVIᵉ siècle par Philibert Delorme.
Un « Meccano » de ciment armé
La pénurie de bois d’après-guerre oblige Deneux à innover. Il conçoit une charpente en petits éléments préfabriqués de ciment armé, assemblés par mortaises et clavettes de bois. Les pièces, légères et facilement transportables, s’emboîtent comme un jeu de construction. On peut encore voir les numéros d’assemblage gravés sur certaines pièces.
Deneux teste d’abord son système à l’église Saint-Jacques et à la basilique Saint-Remi de Reims dès 1920. La charpente de la nef de la cathédrale est reconstruite entre 1924 et 1926. L’édifice est rendu au culte en 1927, mais l’inauguration officielle n’a lieu que le 10 juillet 1938.
La charpente représente environ 2 000 mètres cubes et 1 600 tonnes. Ininflammable, démontable au besoin et relativement économique, elle offre un vaste espace intérieur en arc brisé qui culmine à 19 mètres au-dessus des voûtes.
Les voûtes sur croisées d’ogives vues d’en haut
En traversant les combles sur la passerelle, on marche au-dessus des voûtes de la nef. Par endroits, des ouvertures permettent de voir les croisées d’ogives du XIIIᵉ siècle depuis le dessus : deux arcs brisés en pierre calcaire qui se croisent au niveau de la clé de voûte annulaire, à 38 mètres du sol de la nef. C’est cette invention architecturale qui a permis de reporter le poids sur les piliers plutôt que sur les murs, et donc de percer les grandes fenêtres caractéristiques du gothique.
Au niveau de la croisée du transept, la charpente supporte le carillon : un jeu de 14 cloches surmonté d’une boule de plomb dorée, copie de celui du XVIIIᵉ siècle détruit en 1914.
Les toitures et le chemin extérieur
La couverture en plomb et la crête faîtière
Une petite porte permet de sortir dans les chéneaux à la base de la toiture, au niveau du bras sud du transept. La couverture en plomb a été reconstituée par Deneux à l’identique : il récupère 250 tonnes de plomb fondu en 1914 et en ajoute 190 tonnes.
La crête faîtière, au sommet du toit, alterne trèfles et fleurs de lys. Ces ornements rappellent la fonction royale de la cathédrale du sacre. Leur taille surprend vue de près : au moins 0,80 mètre pour les trèfles et 1,40 mètre pour les fleurs de lys. Financée par Rockefeller, cette crête restitue celle qui avait été fondue à la Révolution.
Le pignon sud : l’Assomption et le Sagittaire
Le pignon du bras sud du transept porte un haut-relief représentant l’Assomption de la Vierge : Marie, voilée et les mains jointes, s’élève vers le ciel entourée d’anges, son corps irradié de flammes. Refait en 1502, ce relief présente des proportions volontairement exagérées car la scène était conçue pour être lue depuis le sol.
Au sommet du pignon se dresse une statue de sagittaire : un homme à corps de cheval décochant une flèche. À cet endroit se trouvait autrefois un cerf de bronze, installé au XIIᵉ siècle par les chanoines comme symbole du pouvoir épiscopal. Les deux sculptures illustraient les tensions entre l’archevêque et le chapitre.
Le pignon nord : l’Annonciation
Le pignon nord porte l’Annonciation : l’archange Gabriel annonce à Marie la naissance de Jésus, figuré sortant d’une nuée et tenant un globe. Les fleurs de lys, symbole marial et royal, sont omniprésentes. Ce décor fait pendant à l’Assomption du côté sud.
Le bestiaire caché
Le long des toitures, on découvre de près des sculptures habituellement invisibles depuis le sol. Les gargouilles évacuent les eaux de pluie en prenant la forme d’êtres fantastiques. Sur les créneaux alternent aigles et animaux hybrides (lions ailés). Des mascarons et petites têtes médiévales ornent les retombées d’arcatures. Sur les corniches, les artisans restaurateurs d’après-guerre ont laissé libre cours à leur fantaisie : on y trouve une laie allaitant ses petits, une femme assise sur une poêle et d’autres personnages énigmatiques.
Le clocher à l’Ange : point culminant de la cathédrale
Au-dessus du chevet, le clocher culmine à environ 87 mètres. À son sommet, la statue de l’Ange girouette domine la ville. Haute d’1,90 mètre et réalisée en métal doré, elle servait de repère aux pèlerins et aux voyageurs au Moyen Âge.
Sept personnages masculins, dits atlantes, semblent porter la flèche sur leurs épaules. Ce sont des représentations satiriques de bourgeois rémois du XVᵉ siècle, sculptés après l’incendie de 1481 qui avait détruit la flèche précédente.
La statue originale de l’Ange a été déposée en 1860 et est conservée au Palais du Tau, actuellement fermé pour rénovation. Ne pas la confondre avec l’Ange au Sourire, la sculpture la plus célèbre de la façade, située au portail nord.
Le panorama depuis les parties hautes
Depuis la plate-forme et les toitures, le regard porte dans toutes les directions :
- Vers l’ouest : l’avenue Libergier s’étend du parvis vers la Vesle. On distingue la médiathèque Jean-Falala (Jean-Paul Viguier, 2003), l’Opéra (Alphonse Gosset, 1873), l’église Saint-Jacques (XIIIᵉ siècle) et le musée des Beaux-Arts dans l’ancienne abbaye Saint-Denis.
- Vers le sud : le Palais du Tau, ancienne résidence des archevêques, et la bibliothèque Carnegie de style Art Déco (Max Sainsaulieu, 1921-1927). Plus loin, la basilique Saint-Remi et la butte Saint-Nicaise. La Montagne de Reims et ses coteaux classés UNESCO ferment l’horizon.
- Vers le nord : l’ancien quartier des chanoines, dont le tracé des rues conserve la mémoire. La place Royale (1757-1765) avec sa statue de Louis XV. Le musée-Hôtel Le Vergeur, avec ses 3 pignons Renaissance sur la place du Forum. L’Hôtel de Ville, place Simone Veil.
- Vers l’est : le clocher de l’église Saint-André culmine à 88 mètres, rivalisant avec les 87 mètres de l’Ange girouette de la cathédrale.
Les œuvres des parties hautes au Palais du Tau
Le Palais du Tau, voisin de la cathédrale, conserve plusieurs œuvres provenant des parties hautes. Il est toutefois fermé au public depuis janvier 2023 pour rénovation ; sa réouverture est annoncée en 2027 sous le nom de musée des Sacres.
- La statue originale de l’Ange girouette du clocher
- Un atlante provenant de la corniche du chevet
- Une statue de roi de la galerie des rois
- Des gargouilles aux langues de plomb solidifié lors de l’incendie de 1914 : le plomb fondu a emprunté le trajet habituellement utilisé par l’eau pour s’évacuer
- Des maquettes de travail en bois d’Henri Deneux, utilisées lors de la conception de la charpente
Le musée présente aussi les trésors du sacre royal (régalia) et abrite une collection de tapisseries monumentales. Il est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO avec la cathédrale et la basilique Saint-Remi.
Informations pratiques pour la visite des tours
Accès et réservation
- Type de visite : visite commentée uniquement, guidée par un agent du Centre des monuments nationaux.
- Durée : environ 1 heure.
- Groupe : 18 personnes maximum par créneau.
- Réservation : la réservation en ligne est fortement recommandée. La page du circuit mentionne aussi une vente sur place le jour même, dans la limite des places disponibles. Consultez le calendrier officiel avant de vous déplacer.
- Escalier et âge : 249 marches en colimaçon, sans ascenseur ; visite accessible à partir de 6 ans. Présentez-vous 10 minutes avant le départ.
- Accessibilité : non accessible aux personnes à mobilité réduite. Visite déconseillée pendant la grossesse ou en cas de problème cardiaque ou de vertige.
Saison et horaires
La visite des tours n’est possible que sous conditions météorologiques favorables. Elle peut être annulée en cas de canicule, fortes intempéries, neige ou verglas.
- Du 9 septembre au 15 novembre et du 15 février au 5 mai : du mardi au samedi à 10h, 11h, 14h, 15h et 16h ; dimanche à 14h, 15h et 16h.
- Du 6 mai au 8 septembre : du mardi au samedi à 10h, 11h, 14h, 15h, 16h et 17h ; dimanche à 14h, 15h, 16h et 17h.
- Fermeture : les lundis, le 1ᵉʳ mai, le matin des fêtes de l’Ascension et de la Pentecôte, et du 16 novembre au 14 février.
Tarifs
- Plein tarif : 9 euros.
- Groupes (à partir de 20 personnes) : 7,50 euros.
- Gratuit : moins de 18 ans. Gratuit pour les 18-25 ans ressortissants ou résidents de l’Union européenne.
Contact
Tours de la Cathédrale de Reims, Place du Cardinal Luçon, 51100 Reims.
Tél. : 03 26 47 81 79
Site : informations pratiques officielles
La cathédrale elle-même est en accès libre et gratuit toute l’année, en dehors des offices religieux. Les parties hautes se découvrent uniquement lors d’une visite commentée payante. Horaires et départs pouvant changer, vérifiez la billetterie officielle avant votre venue.
Sources et vérification
- Centre des monuments nationaux : panorama et architecture des parties hautes
- Centre des monuments nationaux : la charpente en ciment armé
- Dossier documentaire officiel consacré aux parties hautes
- Louis Demaison, La cathédrale de Reims (1913), sur Internet Archive
Informations pratiques vérifiées le 16 octobre 2026.



