L’Ange au Sourire, le véritable sourire de Reims

L’Ange au Sourire, le véritable sourire de Reims

Sculpté vers 1240, l’Ange au Sourire est aujourd’hui l’un des visages les plus connus de Reims. Pour le trouver sur la façade occidentale de la cathédrale Notre-Dame, regardez le portail de gauche depuis le parvis, près de saint Nicaise.

Sa célébrité est pourtant bien plus récente que la statue. Elle naît après l’incendie du 19 septembre 1914, lorsque l’ange est décapité. Sa tête brisée et son corps privé de tête deviennent des images de la cathédrale meurtrie par la guerre. Le nom « Sourire de Reims » apparaît en 1915. L’ange restauré retrouve sa place en 1926.

L’Ange au Sourire en bref

  • Date : vers 1240 ;
  • Emplacement : portail nord, c’est-à-dire le portail de gauche de la façade occidentale quand on la regarde depuis le parvis ;
  • Scène : l’ange accompagne saint Nicaise et lui remet la palme du martyre ;
  • 19 septembre 1914 : une poutre de l’échafaudage en feu décapite la statue ;
  • 13 février 1926 : la figure reconstituée retrouve sa place.

Où voir l’Ange au Sourire sur la cathédrale ?

Placez-vous sur le parvis, face aux trois portails de la grande façade. L’Ange au Sourire se trouve sur le portail situé à votre gauche, appelé portail nord ou portail septentrional. Regardez les statues qui bordent l’ouverture : l’ange souriant est placé à gauche de saint Nicaise.

Cette précision évite une confusion fréquente : le « portail nord de la façade occidentale » n’est pas une porte sur le flanc nord de la cathédrale, mais la porte de gauche de sa façade principale. La statue se découvre donc depuis le parvis, avant même d’entrer dans l’édifice.

Que représente l’Ange au Sourire ?

La sculpture date d’environ 1240 et son auteur n’est pas connu. Elle appartient au programme consacré à saint Nicaise, évêque martyr de Reims. Selon la notice des Ateliers d’art de la Réunion des musées nationaux, l’ange est un messager céleste qui remet à l’évêque la palme du martyre. Son buste se tourne, son vêtement accompagne le mouvement et son visage sourit sous une chevelure très bouclée.

Ce sourire n’est pas un détail isolé. La sculpture gothique de Reims compte plusieurs figures souriantes. Le moulage conservé par les Musées de Reims rappelle d’ailleurs qu’avant 1914, les érudits s’intéressaient surtout au thème du sourire dans l’ensemble du décor. L’ange de saint Nicaise n’avait pas encore la place à part que nous lui donnons aujourd’hui.

Avant 1914, un ange encore sans légende

Contrairement à une histoire souvent répétée, l’Ange au Sourire n’est pas devenu l’emblème de Reims dès le Moyen Âge. L’historien Patrick Demouy souligne qu’à la veille de la Première Guerre mondiale, la figure restait anonyme pour le grand public. Le Centre des monuments nationaux la décrit lui aussi comme un chef-d’œuvre du XIIIe siècle jusque-là ignoré.

Sa renommée ne vient donc pas seulement de la qualité de la sculpture. Elle tient à la rencontre entre une image facile à reconnaître, la destruction de la cathédrale en 1914 et la diffusion massive de photographies. C’est la guerre qui transforme l’ange de saint Nicaise en « Ange au Sourire ».

19 septembre 1914 : la chute de la tête

Le 19 septembre 1914, la cathédrale brûle après les bombardements allemands. Le feu gagne l’échafaudage en bois. Une poutre enflammée tombe sur l’ange, le décapite et précipite sa tête au sol. Elle se brise en de nombreux fragments.

L’abbé Rémi Thinot, maître de chapelle de la cathédrale, participe au sauvetage des œuvres. La Bibliothèque municipale de Reims confirme qu’il met à l’abri la tête de l’ange, avec le trésor et une partie des stalles. Les fragments sont conservés dans les caves de l’archevêché.

Une rumeur américaine relance les recherches

Un épisode méconnu accélère la redécouverte de la tête. Le 6 novembre 1915, le New York Times rapporte qu’un riche Américain aurait acheté une tête d’ange provenant de la cathédrale. La rumeur provoque une enquête. L’architecte Max Sainsaulieu identifie alors le principal fragment dans les dépôts de l’archevêché. La sculpture n’avait jamais quitté Reims.

À la même époque, les images de la tête mutilée et de la statue sans tête circulent largement. Elles servent la propagande française autour du « crime de Reims ». En novembre 1915, la figure reçoit le nom de « Sourire de Reims ». Elle devient le symbole d’un patrimoine blessé par la guerre.

Comment l’Ange au Sourire a-t-il été restauré ?

Les restaurateurs disposent de deux types de témoins : les fragments de pierre récupérés après l’incendie et des moulages exécutés avant la guerre. Ces empreintes ont gardé la forme du visage avant sa chute. Elles deviennent donc des modèles essentiels pour reconstituer les parties manquantes.

Le musée-hôtel Le Vergeur conserve l’un de ces moulages anciens. Sa notice l’attribue probablement à la famille Bertozzi, des sculpteurs rémois. Réalisé à la fin du XIXe siècle, le plâtre a été donné par Hugues Krafft en 1910. Il montre le visage souriant, les boucles, le départ des ailes et du vêtement avec une précision devenue précieuse après 1914.

La figure reconstituée à partir des fragments et des moulages retrouve son emplacement le 13 février 1926. L’ange que l’on voit aujourd’hui n’est donc ni une copie moderne sans lien avec l’original, ni une statue médiévale demeurée intacte. C’est une œuvre du XIIIe siècle profondément restaurée après sa mutilation.

Pourquoi est-il devenu le visage de Reims ?

Le contraste est immédiat : un visage souriant, puis ce même visage brisé par la guerre. Les photographies rendent ce récit compréhensible sans long discours. Pendant le conflit, l’image sert à dénoncer la destruction du patrimoine. Après la remise en place de 1926, elle accompagne la reconstruction de la ville.

Le Centre des monuments nationaux présente aujourd’hui l’Ange au Sourire comme le symbole identitaire et touristique le plus utilisé à Reims. Son histoire explique cette place. Le sourire n’a pas traversé 1914 sans dommage : il a été recomposé à partir d’une œuvre blessée, de fragments sauvés et de traces conservées avant la guerre.

Pour replacer la statue dans son monument, lisez aussi notre article sur la construction de la cathédrale de Reims. La visite des parties hautes de la cathédrale permet de découvrir de près d’autres sculptures, tandis que le musée-hôtel Le Vergeur conserve un moulage ancien de la tête.

Questions fréquentes sur l’Ange au Sourire

Il se trouve sur le portail de gauche de la façade occidentale de la cathédrale Notre-Dame de Reims, lorsque vous regardez l’édifice depuis le parvis. Ce portail est aussi appelé portail nord ou portail septentrional. Cherchez le groupe de saint Nicaise : l’ange souriant est placé à sa gauche. Il est visible depuis l’extérieur, sans avoir à entrer dans la cathédrale.

La figure est une sculpture médiévale restaurée, pas une simple copie récente. La chute de 1914 a brisé sa tête et certaines parties n’ont pas pu être remises en place telles quelles. Les restaurateurs ont utilisé les fragments retrouvés et des moulages réalisés avant la guerre pour reconstituer le visage. L’ensemble restauré a retrouvé la façade en 1926.

Sa célébrité vient surtout de la Première Guerre mondiale. Décapité pendant l’incendie de la cathédrale le 19 septembre 1914, l’ange devient l’image du patrimoine détruit. Les photographies de sa tête mutilée et de son corps sans tête sont largement diffusées. Le nom « Sourire de Reims » apparaît en novembre 1915. Sa restauration dans les années 1920 l’associe ensuite à la reconstruction de Reims.

Il s’agit de saint Nicaise, un évêque martyr de Reims. L’ange lui présente la palme du martyre, un attribut utilisé dans l’art chrétien pour désigner ceux qui sont morts pour leur foi. C’est pourquoi les spécialistes parlent aussi de l’« ange de saint Nicaise ». Le surnom « Ange au Sourire » s’est imposé bien plus tard, après 1914.

Sources

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