Le Parc de Champagne à Reims : histoire, patrimoine et activités
22 hectares de pelouses, d’allées et de sous-bois sur la colline Saint-Nicaise, au sud-est de Reims, juste au-dessus des caves Pommery. Le Parc de Champagne est le plus grand espace vert de la ville. Entrée gratuite, ouvert tous les jours. Les Rémois y courent, pique-niquent, promènent le chien, amènent les enfants. Les touristes le découvrent souvent après une visite de cave, en remontant vers la lumière. Le parc a aussi une histoire dense : un patron de champagne qui offre un jardin à ses ouvriers en 1911, un pionnier du sport qui y fonde le premier centre d’entraînement de France en 1913, un monument détruit par les nazis en 1940 puis reconstruit soixante-treize ans plus tard.
En bref
| Info | Détail |
|---|---|
| Superficie | 22 hectares (21,6 ha précisément) |
| Adresse | 10 avenue du Général Giraud, 51100 Reims |
| Horaires (avril-octobre) | Tous les jours, 9 h – 20 h |
| Horaires (novembre-mars) | Tous les jours, 9 h – 17 h |
| Tarif | Gratuit |
| Parking | Gratuit, accessible depuis l’avenue du Général Giraud |
| Labels | Monument historique (2004), Jardin remarquable (2014) |
| Style | Jardin paysager à l’anglaise |
| Arbres | Environ 3 000 |
| Fréquentation | Plus de 350 000 visiteurs par an |
| Contact | 03 26 35 52 50 / rf.smier@engapmahcedcrap |
De Pommery au Parc de Champagne
Tout part d’un marquis. En 1907, Melchior de Polignac, petit-fils de la veuve Pommery et directeur de la Maison de champagne, décide de créer un grand parc pour ses employés. Le terrain se situe sur les hauteurs de Reims, sol caillouteux et crayeux, juste au-dessus des caves. L’objectif : offrir un espace de détente aux ouvriers et à leurs familles.
Polignac fait appel à Édouard Redont, architecte paysagiste rémois déjà connu en Europe (on en reparle plus bas). Les travaux débutent en 1909. Le parc ouvre en 1911 aux ouvriers et à leurs familles. Aucune autre entreprise en France ne fait ça à l’époque : un parc de 22 hectares mis à disposition du personnel.
Le 19 octobre 1913, le président Raymond Poincaré vient inaugurer le parc, alors appelé Parc Pommery. Mais Polignac a déjà un autre projet en tête.
Le Collège d’athlètes de Reims
Contexte : en 1912, la France revient bredouille des Jeux olympiques de Stockholm. Un groupe de scientifiques, médecins et sportifs signe un manifeste pour créer le Collège d’athlètes de Reims, un lieu dédié à la formation des professeurs de sport et à l’entraînement des olympiques. Polignac prête le parc. Georges Hébert, lieutenant de vaisseau, en prend la direction technique en 1913.
La méthode Hébert, c’est dix familles de mouvements : marcher, courir, sauter, grimper, lever, lancer, nager, se défendre, marcher en équilibre, porter. Rien à voir avec les gymnastiques de caserne de l’époque. Le Parc Pommery devient le premier centre d’entraînement sportif du pays, l’ancêtre de l’INSEP en quelque sorte.
Jean Bouin, recordman du monde du 10 000 mètres, s’y entraîne. Le 23 juillet 1912, le parc reçoit la délégation olympique américaine de retour de Stockholm (première nation en médailles d’athlétisme cette année-là).
L’expérience dure un an et demi. La guerre de 14 l’arrête net. Mais la méthode Hébert, baptisée hébertisme, va marquer l’éducation physique en France pendant des décennies et ouvrir le sport aux femmes. Une stèle dans le parc rappelle son passage.
Édouard Redont, le paysagiste
Redont (1862-1942) est né à Champigny-sur-Vesle, dans la Marne. Père lessiveur, mère buandière. Il devient l’un des paysagistes les plus demandés de son époque. En 1900, il décroche la médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris pour ses plans du parc Bibesco de Craiova, en Roumanie (aujourd’hui parc Nicolae-Romanescu).
À Reims, c’est lui qui dessine le Parc de Champagne, le parc de la Patte-d’Oie et le jardin d’horticulture Pierre Schneiter. Sa conviction : les plantations assainissent le sol, purifient l’air, tamisent les poussières. Il cite souvent un vieil adage romain, « floris fauna non sine » (pas de faune sans flore).
Sur le terrain crayeux de la colline Saint-Nicaise, Redont trace un jardin à l’anglaise avec des allées sinueuses et des plantations variées. Le résultat est salué par ses contemporains comme le plus bel ensemble sportif et paysager de France. En 1911, il cofonde aussi la Société française des urbanistes avec Henri Prost.
Les guerres
Entre 1914 et 1918, Reims est bombardée sans interruption. Le parc, sur les hauteurs, prend de plein fouet. Arbres, bâtiments du Collège d’athlètes, aménagements paysagers : presque tout est détruit.
En 1922, Redont et l’architecte Ernest Kalas reconstruisent le parc. Environ 3 000 arbres sont replantés. Le parc retrouve sa fonction de lieu de promenade et de sport pour les Rémois.
La Seconde Guerre mondiale touche le parc autrement. En septembre 1940, les troupes allemandes détruisent le monument aux héros de l’Armée noire, qui se trouvait à l’angle du boulevard Henri-Vasnier et de l’avenue du Général-Giraud, face à l’entrée. Ce bronze, inauguré en 1924, rendait hommage aux tirailleurs africains de la Grande Guerre. Les nazis ne tolèrent pas ce symbole.
Les labels patrimoniaux
2004 : les vestiges historiques du parc sont inscrits aux monuments historiques. La même année, LVMH (propriétaire de Pommery) confie le parc à la Ville de Reims, qui gère depuis l’entretien et l’animation.
2014 : le parc reçoit le label « Jardin remarquable » du ministère de la Culture. Les deux autres jardins rémois dessinés par Redont (le jardin Schneiter et la Patte-d’Oie) obtiennent le même label cette année-là.
La colline Saint-Nicaise fait partie de la zone coeur des « Coteaux, Maisons et Caves de Champagne », inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2015. Les caves Pommery, Ruinart, Taittinger et Veuve Clicquot sont creusées dans la craie sous cette même colline, dans des galeries qui remontent au IIIe siècle. Le parc se trouve à 10 minutes à pied des caves Pommery, Ruinart ou Taittinger.
Les monuments du parc
Le monument aux héros de l’Armée noire
C’est l’oeuvre la plus chargée d’histoire du parc. Le sculpteur Paul Moreau-Vauthier et l’architecte Auguste Bluysen conçoivent l’original, inauguré le 13 juillet 1924 devant environ 15 000 personnes. Le piédestal est en granit rapporté d’Afrique, en forme de tata (fortification ouest-africaine). Les noms des batailles où les troupes africaines se sont engagées y sont gravés. Au sommet, un groupe en bronze : quatre tirailleurs sénégalais autour d’un officier français portant le drapeau. Un monument identique existe à Bamako, au Mali.
Détruit en septembre 1940 par les nazis, le monument est recréé en 2013 d’après les plans d’origine. Il est placé dans une allée du parc, pas à son ancien emplacement. Le 6 novembre 2018, Emmanuel Macron inaugure le nouveau monument en présence du président malien Ibrahim Boubacar Keïta.
Le monument aux clubs sportifs
Un mémorial dédié aux membres des clubs sportifs de Reims tombés pendant la Première Guerre mondiale.
La stèle Georges Hébert
Une stèle rappelle le Collège d’athlètes. Le pavillon d’entrée d’époque est encore debout, mais les bâtiments d’entraînement ont disparu.
Les 3 000 arbres
Le parc compte environ 3 000 arbres, replantés pour la plupart après 1918. Redont avait choisi des essences variées pour jouer sur les couleurs et les textures au fil des saisons. Les deux guerres en ont détruit beaucoup, et en 2004 un gros chantier sanitaire a permis de retirer les sujets malades ou dangereux.
L’appli Baludik propose un parcours gratuit pour identifier les arbres sur place (« À la découverte des arbres du Parc de Champagne »). Il existe aussi une carte interactive sur Ma carte IGN, avec la localisation et la signalétique de chaque arbre.
Ce qu’on peut y faire
Sport et détente
Le parc a une piste d’athlétisme de 400 m en stabilisé (4 couloirs) et des allées praticables en vélo, roller ou à cheval.
Côté famille : aire de jeux pour enfants, tables de pique-nique, pelouses accessibles. Les chiens tenus en laisse sont acceptés partout, et une aire canine clôturée leur est réservée pour courir librement.
Parcours pour les enfants
Trois parcours à récupérer à l’entrée du parc, disponibles toute l’année :
- Les Aventures de Kle’o (dès 2 ans) : compter, reconnaître les animaux
- 60 Minutes Nature (dès 6 ans) : histoire et nature du parc
- Enigm’o (dès 10 ans) : une énigme avec des indices cachés dans le parc
Les Flâneries Musicales
Tous les étés, le parc accueille le concert de clôture des Flâneries Musicales de Reims, un festival de musique classique qui s’étend sur un mois entre juin et juillet. Le dernier concert se fait en plein air, avec orchestre, pique-nique géant et feu d’artifice. Ouverture des portes à 17 h 30. Plusieurs milliers de personnes y assistent chaque année.
Festiv’été
Fin août, Festiv’été occupe le parc pendant cinq jours pour marquer la fin des vacances. Activités gratuites pour les 7-17 ans et les familles : sport, ateliers, jeux, initiations en tous genres. Une trentaine de partenaires locaux se relaient chaque jour de 14 h à 18 h.
Autres rendez-vous
Le Jumping international de Reims (concours hippique) a lieu dans le parc, ainsi que des expos photo en plein air et un jardin de simples cultivé chaque année (plantes aromatiques et médicinales). Certains événements entraînent des fermetures temporaires du parc.
Informations pratiques
Accès
Adresse : 10 avenue du Général Giraud, 51100 Reims.
Comptez 2 km depuis le centre-ville, direction sud-est. En voiture, parking gratuit sur place. En tram, c’est la ligne A, arrêt « Schneiter », puis quelques minutes à pied. Plusieurs bus desservent aussi le quartier.
Horaires
Ouvert tous les jours sauf le 25 décembre et le 1er janvier :
- Avril à octobre : 9 h – 20 h
- Novembre à mars : 9 h – 17 h
En juillet-août, les horaires sont parfois étendus jusqu’à 21 h. Vérifiez sur le site de la Ville de Reims, car certains événements entraînent des fermetures ponctuelles.
Sur place
- Parking gratuit
- Tables de pique-nique
- Aire de jeux
- Aire canine clôturée
- Chiens en laisse acceptés
- Entrée libre
À côté
Le parc est dans le quartier des Maisons de Champagne. Les caves Pommery, Ruinart, Taittinger et Veuve Clicquot sont toutes à moins de 10 minutes à pied. Le Domaine Les Crayères (palace, restaurant étoilé) se trouve à 400 mètres de l’entrée.
Questions fréquentes
Photo de couverture : Garitan / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0







